Rééquipement de «Voyage pour l’Orient»

Par Laurent Thevenot, Sebastien Valran, Gilles Gaboyer, Philippe Pataut, Aurelien Vaissière, Pauline Egea en 3 jours durant l’été 2023.

Résumé

Remplacement de l’ensemble des points et relais (sauf 5 points dans les deux dernières longueurs qui étaient nickel). Modification de la première longueur en ouvrant une variante sur la droite dans une fissure qui est moins sujette aux résurgences. Rajout de quelques points par rapport à l’équipement d’origine (8 en tout) pour réduire l’exposition de certains passages.
Descente en rappel TOP, avec quasi que des rappels de 45 mètres. Attention au bout de corde.

Récit

Quel bonheur de monter au Soreiller pour rééquiper. Ce lieu est magnifique et l’accueil au refuge formidable. Une première session de rééquipement fin août, après un épisode de neige. Pas moins de 30 cm au refuge. Après deux jours à jouer au ping-pong, la face est sèche ce qui nous permet de rééquiper les 8 premières en deux jours. L’escalade en dalle est superbe, le rocher compact, et les longueurs homogènes. Cinq semaines plus tard, pour le week-end de fermeture du refuge, nous remontons avec Pauline et Sébastien pour finir le chantier. Une superbe et longue journée nous permet de finir le rééquipement.
Une voie chaudement recommandée, et espérant qu’elle redevienne à la mode, et décharge un peu la face sud de la Dibona (en plus la vue sur la Dibona est superbe depuis le fond du cirque !) 

Remerciements : ONOS pour le matériel ! Marielle et Quentin, gardiens du Soreiller pour l’accueil si chaleureux !

Bilan

Nombre de jours de rééquipement : 3
Nombre de longueurs rééquipées : 13
Nombre de points posés : environ 120 goujons inox fournis par ONOS
Nombre de relais posés : 13

Merci à vos dons et à l’achat des topos qui servent au financement de ce genre de rééquipement d’ampleur !

Rééquipement de «Le Père Ubu»

Par Olivier Descreux, Marine Tatibouet et Romain Gallerini, les 13 et 14 Octobre 2023 (jusqu’à L11)

Résumé

On a voulu respecter au maximum la volonté de Christian Ferrera qui se portait sur un rééquipement point pour point, on s’est autorisé juste quelques rajouts sur l’équipement d’ouverture (points de renvois au dessus du relai, points « directionnels » et passages en mauvais rocher). Et quelques points légèrement déplacés pour des clippages plus fluides. (5 points ajoutés sur 8 longueurs).
La voie comporte toujours quelques passages très engagés et pas toujours protégeables. Un jeu de petits friends est nécessaire (jusqu’au 0,5 voire 0,75), éventuellement câblés.

L4 (départ de Père Ubu) : Une lunule fine remplacée qui peut se renforcer avec un bon gris (0,4).
L7 : Un point de renvoi ajouté et un point ajouté dans la longueur.
L8 : Deux points ajoutés dans la longueur
L9 : Longueur physique avec un mix de spits et de pitons tous les 50 cm typée A0, on a changé les goujons et laissé les pitons d’artifage. On a rajouté un goujon dans la sortie en mauvais rocher.
L10 : Transition 0 points, partir en légère oblique droite du relais, on trouve de bons emplacements de friends.
L11 : Un peu comme dans L6, on a changé les points qui protègent et laissé les vieux points qui servaient plus pour artifer. Un point rajouté à la fin dans la traversée en rocher pourri, pour protéger le second. On s’est arrêté là on a pas encore enlevé tout les vieux spits sur cette longueur, on voulait rentrer pas trop tard.

Récit

Ecrit par Olivier :

Douze mois auparavant, Romain fouinait sur le net et nous avait dégoté un projet foireux aux parfums d’aventure. Le rééquipement d’une voie à la tête d’aval, 500 m soutenu et expo sur spit de 8 nécessitant une « bonne marge » : Le père Ubu.
Nous arrivons enfin, après quelques approximations calendaires, à nous retrouver en ce mois d’octobre 2023. Nous étions censés être 5 : Romain, Marine et moi-même auxquels devaient s’ajouter Harold Bruce un jeune fougueux surmotivé ayant déjà répété la voie (CR épique sur c2c) et un pote à lui.
Finalement ces derniers se désistent et nous partons donc à trois pour ce chantier. On décolle en début d’aprèm pour avoir le temps de trouver un zone de bivouac non loin du pied de la paroi.
On sera lourdement chargés : 8 accus, 150 amarrages, 9 L d’eau par personne, perfo, marteaux, clés, bouffe, matos de bivouac.
Après une bonne heure de marche, et quelques points de vie d’épaules perdus, on trouve une petite zone plane pour passer la nuit. La soupe forestière lyophilisée est divine.
Après avoir pas mal tergiversé on part sur la stratégie suivante :
J1 : On rééquipe jusqu’à R6 (Grande vire) en espérant être assez rapide pour redescendre par les grands toits.
J2 : On monte le matos de bivouac à la grand vire.
J3 : On rééquipe la deuxième partie et on descend.

Le lendemain matin surprise ; l’ami Romain s’est compliqué la tache en oubliant ses chaussons. Qu’a cela ne tienne, il grimpera dans ses magnifiques baskets blanches (un petit look à la Eminem).
Les 3 premières longueurs sont communes avec les elfes et ne sont pas à rééquiper. On part avec le matos réparti dans deux sacs pour les seconds, mauvaise stratégie au final c’est trop lourds et ça se ne vide pas si vite, d’autant qu’un accu vide ça ne pèse pas moins lourd. On finira par hisser un des deux sacs qui terminera dans un piteux état (car pas prévu à cet effet).
Nous attaquons donc le travail à L4. Romain à la grimpe (et cela fonctionne fort bien avec ses nouveaux chaussons), Marine au perfo et Oliv au Marteau. Les longueurs ne sont pas si expo que ça jusqu’à L7.
Sur cette L7 je me retrouve à grimper et à interpréter où les ouvreurs ont voulu passer puisque je ne voyais pas l’ombre du prochain spit.
L8 est du même acabit.
L9 dans une fissure bien physique me causera quelques dommages car je chutait bêtement et me réceptionnait trop fortement 8 m plus bas. Je remonte et terminais alors la longueur avec un bon runout sur du rocher branlant.
Le temps que les deux compères me rejoignent, mon genoux et mon talon (touchés lors de la chute) me rendent tout déplacement difficile.
On avait prévu de redescendre, la nuit pointe déjà. On laisse tout le matos au relais à l’abri dans un sac étanche et on descends juste les accus vides et les vieux points. On s’échappe par la grande vire. Rappels du grand toit dans la dernière clarté solaire, magique.
Je boitille jusqu’au camp puisque je ne peux que difficilement plier ma jambe droite.
Le lendemain Marine et Romain remontent jusqu’à la vire pour rééquiper quelques longueurs pendant que je redescends jusqu’à la voiture à pas de fourmis. Là où 45 minutes sont nécessaires, j’aurais besoin de près de 3 heures mais vu que je n’ai que ça à faire…

Récit de la deuxième journée par Romain :
Avec Marine on se lève avant l’aube pour optimiser la journée, on laisse Olive à ses rêveries au camp.
On remonte par les mains courantes jusqu’au deuxième bastion puis on suit l’itinéraire le plus direct pour la vire du grand toit. Pour gagner du temps on se jette de points à points en tirant sur les dégaines. Ça marche pas trop mal on arrive vers 11h passé à la vire. Midi de nouveau dans la voie.
Marine attaque la longueur de transition, du petit 5 sans points mais qui se protège bien sur friends, on laissera tel quel, au moins c’est rapide à rééquiper.
Ensuite j’attaque le début du fameux rempart rouge ça grimpe pour la cote et c’est bien physique, ça finit par une grande traversée sans point sur une vire en rocher pourri, ma corde de hissage fait le ménage en envoyant quelques beaux parpaings.
A deux le rééquipement ça va quand même bien moins vite. On arrive à R11 pour 15 heures, Marine à les pieds en compote après ces longues heures dans les chaussons. A ce moment là je me félicite d’avoir oublié les miens je suis comme à la maison au relais dans mes baskets. La longueur suivante traverse beaucoup, la descente paraît complexe d’autant que le rocher n’est pas des plus compact, on décide de s’arrêter là d’autant qu’il y a Olive qui nous attends à la voiture. De R11 en un rappel ça redescend bien sur la vire. Rebelote pour le grand toit on commence à bien connaître l’endroit. En bas on remballe le camp et on redescend tout de même bien moins lourds qu’à l’aller.

La suite très certainement au printemps.

Bilan

Nombre de jours de rééquipements : 2
Nombre de longueurs rééquipées : 8
Nombre de points posés : 70 goujons inox fournis par ONOS
Nombre de relais posés : 8

« Romain s’est compliqué la tache en oubliant ses chaussons. Qu’à cela ne tienne, il grimpera dans ses magnifiques baskets blanches. »

« Une partie du butin »

Merci à vos dons et à l’achat des topos qui servent au financement de ce genre de rééquipement d’ampleur !

Rééquipement de Purée d’Astragale

Le rééquipement de cette voie majeure de la face ouest de Sialouze avait démarré en 2022 avec Serge, Yves et Alain, il est maintenant terminé grâce à Etienne, Amaury et Harold.

Quelques photos du rééquipement et le récit d’Harold Bruce.

La face, un peu moins de 400 metres d’escalade sur un très beau granite, à toutes formes, à la fois très adhérent et très «croustillant » par endroit! Elle vous attend!

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En ce 2 Août 2023, nous sommes 3 membres de l’association ONOS (Etienne, Amaury et Harold) à monter au refuge du Sélé dans l’optique de pouvoir terminer le rééquipement de la voie « Purée d’astragale » à l’Aiguille de Sialouze.
Une bonne partie de la tâche ayant déjà été accomplie par une équipe de 3 (Serge, Yves et Alain) l’été dernier, la jeune équipe moins expérimentée mais toute aussi « munie d’une volonté d’acier » a pour objectif de rééquiper les 5 dernières longueurs du haut, réputées pour ses passages peu protégés et engagés sur l’équipement datant de l’ouverture (1986).
L’idée étant de changer tous les vieux points et relais en place par des goujons de 10mm, et de potentiellement rajouter des points aux endroits « expo » ou trop engagés. Nous souhaitions tout de même garder une part de l’engagement initial, ce qui faisait partie de la réputation de la voie, avec l’accord de Serge Ravel, un des deux ouvreurs.
La marche d’approche débute à la frontale et se termine au lever du jour. Arrivé à la brèche de Sialouze, une légère brume dévoile la splendide face. Au pied de L1 la décision est vite prise : Amaury (sortant d’un bel enchaînement de voies des Ecrins et en pleine forme) a pour mission d’avaler les longueurs rééquipées du bas pour que l’équipe s’accorde le plus de temps possible pour celles du haut. Malgré les quelques coincements de sacs à patates et le temps perdu avec les hissages laborieux, tout se déroule bien : bonne humeur, beau temps et belle escalade sont au rendez-vous !
Vers 14h débute le rééquipement : les leaders changent (Étienne part en tête, Harold place les premiers goujons, Amaury enlève les vieux spits) et le « perfo » commence à résonner dans le vallon du Sélé. Ça commence par la L9, une courte et belle longueur technique qui était déjà bien équipée, donc pas d’ajout de points nécessaire. Tous les vieux spits sont enlevés et remplacés par des goujons de 10mm.
On arrive au pied de L10, la longueur en laminoir. Pour les prochains, il vous faudra un friend (#1 – béton !) pour compléter le relais. Étienne se réjouit d’y aller en tête étant bon amateur de renfougne ! Une partie de la renfougne reste engagée mais l‘on peut toutefois placer un #4 au fond, n’oubliez pas que vous êtes le coinceur ! À celui ou celle qui souhaite prendre la sortie plus « daubante » (et protégeable !) en 6b/c, un point a été rajouté au niveau du rétablissement.
La dernière longueur « difficile » de la voie est un magnifique « dièdre déversant » de 20m pour ensuite passer dans une cheminée plus facile : un bon 6b+ d’un J.M. Cambon et S. Ravel en pleine forme !
C’est au tour d’Harold qui avait gravi la voie avec son ami « Jazza » (et surmonté sa blessure –l’astragale !) l’année avant le rééquipement de la voie, de partir en tête. L’ayant faite avant le rééquipement, il était certain que le relais se faisait en bout de corde dans une petite niche. Autant vous dire que lui et son compagnon de cordée avaient fait une variante de sortie !
Il ne faut pas aller jusqu’à la niche, le relais se trouve à droite de la cheminée. 2 points et un piton ont été remplacés et un autre point rajouté au niveau d’un passage dur. 1 heure de manips et de recherches d’itinéraires plus tard, Harold s’élance à nouveau dans la L12, au niveau du bon relais cette fois-ci : Une traversée gazeuse sur la droite mais facile, pour ensuite basculer dans une fissure/dièdre bien protégeable (#4 optionnel). Une belle et grande longueur ! 1 point changé, 1 point ajouté.
Pour la L13 dernière longueur, le départ protégeable mais délicat et juste au-dessus du relais nous font rajouter un point. La suite se déroule sur les rampes à droite, pour rejoindre le fil du pilier et le relais de rappel. Cela fait une grande longueur de 50m et il est peut-être conseillé de faire relais sur un becquet dans la traversée pour éviter tirage ou toute forme de malentendu…
Il est 20H00 quand nous entamons la descente en rappel. Amaury s’y colle et saute littéralement d’un rappel à l’autre. 1h plus tard la cordée est de retour au « plancher des vaches ». Mais nous n’étions pas encore complètement sortis d’affaires. Une petite pluie de pierres venant du contrefort pourri de Sialouze sur la descente du glacier annonce le mauvais temps. Il vaut mieux garder le casque pour un petit moment encore ! Pluie et rafales nous accompagnent jusqu’au refuge, où nous sommes accueillis chaleureusement par Sophie, la gardienne qui nous offre nourriture à volonté !


Le rééquipement de la « Purée d’astragale » est désormais terminé. La voie reste une voie typée « montagne » (coinceurs indispensables et équipement pas rapproché) et a conservé une part de son engagement initial (surtout dans les longueurs du haut). Mieux équipée avec des points plus fiables, elle devrait maintenant avoir beaucoup plus de passages. C’est une des voies mythiques pour tout amateur de voie rocheuse en haute montagne. Elle reste un objectif sérieux. À vous de jouer !
Merci aux gardiens du refuge pour le superbe accueil, à la cordée Amaury et Etienne, aux amis dans la voie d’à côté pour le coup de boost moral, le spit de leur voie et de l’eau à la sortie de L11, à Jazza… et aux ouvreurs originaux pour ce très bel itinéraire.

Merci de nous avoir fait confiance dans notre façon de procéder au rééquipement. Au final c’est un beau travail effectué par 2 cordées, de 2 générations différentes !

Et un grand merci aux donateurs et adhérents de ONOS.

Ré-équipement du Soleil des Mourants aux Rochers de l’Homme

Jean-Michel Cambon, 2001
Rééquipement 2023 :  A. Bengaouer, J. C. Dimanche, D. Maillet, S. Ravel, Y. Rogez, E. Urbain

Suite à un éboulement en 2006, le haut de L4 avait disparu, les plaquettes emportées avec le rocher. Le relais R4 était inaccessible, l’itinéraire étant subitement dépourvu de protections, et passant par une zone très délitée. En 2021 (15 ans après !), Serge et Alain sont montés pour « réparer » la longueur écroulée, ajoutant les points nécessaires pour franchir la dizaine de mètres et nettoyant la zone.

Ce faisant, ils remarquèrent l’état de corrosion de certains points, devenus peu discernables sur le rocher ocre et peut-être affaiblis. Il semblait donc pertinent de revenir pour effectuer un rééquipement plus complet.

Deux nouveaux compères, Jean-Christophe et Dominique, se sont joints à l’équipe et ont re-parcouru la voie à l’automne 2022 pour faire un état des lieux général. L’équipement est bien placé, mais effectivement de nombreux points méritent d’être remplacés.

Le rééquipement complet a ensuite été effectué en 4 séances : d’abord les 4 longueurs du bas, puis les longueurs du haut, en installant des cordes fixes qui ont permis de gagner du temps pour la suite. Les longueurs les plus éloignées, celles du milieu de la voie ont été rééquipées en dernier au printemps 2023. Une dernière séance est à prévoir pour finaliser le nettoyage de la voie.

Quelques belles journées agréables au Soleil, même en hiver, dans ce cadre à la fois proche et sauvage du Rocher de l’Homme. En espérant que cette belle voie fera à nouveau le plaisir des grimpeurs !

Stage Héritage Ouvreurs en Oisans, une collaboration ONOS / Comité Isère FFCAM

Stage héritage ouvreurs au Chatelleret, 16/17/18 juin 2023
par Bertrand Salingue CD Isère FFCAM

La météo avait décidé que le premier week-end de beau temps de juin concorderait avec le stage héritage ouvreurs organisé par le comité Isère FFCAM en collaboration avec l’association Oisans Nouveau, Oisans Sauvage (ONOS). Cela a permis de rentabiliser le déplacement de 4 stagiaires, d’un guide et du représentant du comité Isère FFCAM. Le bilan du stage est plus que positif puisqu’une voie a totalement été rééquipée ainsi que 4 longueurs d’une autre. Les stagiaires ont tous bien intégré les bases de l’équipement et sont désormais aptes (et motivés) à manier le perfo. Le 18 juin à 14h00, après un dernier coup de disqueuse, s’achevait un projet fruit d’une longue collaboration entre les acteurs de la montagne.

Première étape : la préparation du projet

Le temps où tout un chacun pouvait percer allégrement tout roche sans concertation est révolu, le temps où on interdisait toute pose de nouveau spit aussi. Désormais, en Isère et en particulier dans le parc national des Ecrins, l’équipement et le rééquipement suivent une procédure bien maîtrisée par les acteurs. Le comité Isère des clubs alpins et de montagne a décidé, en 2023, de s’investir dans l’entretien des voies d’escalade que tant de licenciés parcourent à longueur d’année. Il s’agit de contribuer à l’entretien de notre terrain de jeu et de ne plus être des simples profiteurs du travail acharné des autres.

Les objectifs affichés étaient :

  • Rééquiper une voie d’un niveau accessible au plus grand nombre
  • Former un groupe de bénévoles à l’équipement
  • Motiver ces bénévoles à s’investir dans l’entretien des voies et donc commencer à former une communauté de volontaire au sein du réseau FFCAM prêt à s’investir dans l’entretien des voies d’escalade.

Un premier contact a été pris avec l’association Oisans Nouveau, Oisans Sauvage (ONOS) afin d’être aiguillé vers une voie nécessitant un rééquipement et correspondant aux critères susmentionnés. Avec ONOS, il a été décidé que les voies « Blanche dalle pour les gnomes » (D-, 5a, 450m) et « Ballet sur une dalle rose » (D+, 6a, 160m) méritaient un rééquipement. En effet, elles s’adressent à des grimpeurs modestes mais l’espacement entre les points ne permettait pas à un grimpeur de 5+/6a de s’y engage. Par ailleurs, l’équipement était vieillissant. Enfin, la proximité de ces itinéraires avec le refuge du Chatelleret leur confère le statut de voies idéales pour l’initiation aux grandes voies montagne.

Après une campagne de communication, 4 stagiaires ont été recrutés pour participer au week-end héritage ouvreurs. Tous avaient une solide expérience montagne ou un niveau d’escalade bien au-dessus du minimum requis. Une rencontre a été organisée entre tous les acteurs la semaine précédant le stage afin de régler les derniers détails.

Deuxième étape : le rééquipement

Le vendredi, nous nous sommes retrouvés à 9h à la Bérarde et avons commencé à grimper « Blanche dalle pour les gnomes » à 12h00 après la préparation du matériel.

Seules 5 longueurs ont été rééquipées faute de temps et surtout à cause de la cascade infranchissable après L5.

Constatant l’impossibilité d’équiper la fin de la voie, nous nous sommes attaqués à « Ballet sur une dalle rose » le samedi après une nuit au refuge du Chatelleret.

Le gros du travail était fait mais il restait deux longueurs à équiper et 4 à déséquiper ce que nous avons fait dimanche.

Bilan :

  • Blanche dalle pour les gnomes : 5 longueurs rééquipées avec les relais de rappel
  • Ballet sur une dalle rose : voie entièrement rééquipée (7 longueurs) avec les relais de rappel
  • 4 licenciés FFCAM formés au rééquipement et motivés pour continuer
  • Les topos C2C ont été mis à jour, les associations ONOS et Topos Cambon ont les informations pour la prochaine édition du topo

MERCI

Ce projet est une réussite collective. Merci à tous ceux qui ont contribué à ce succès :

  • Pascal Huss, à double titre : il a été notre guide pendant ces 3 jours et, en tant que bénévole à ONOS, s’est occupé d’obtenir les autorisations auprès de l’ouvreur et du parc.
  • L’association ONOS et en particulier Alain Bengaouer, Yves Roger pour leur aide et les nombreux points qu’ils nous ont donné.
  • La FFCAM pour son soutien technique et financier.
  • Le département de l’Isère qui a contribué financièrement au projet.
  • Romain, Alberto, Pierre, Gabriel, les 4 stagiaires qui ont donné 3 jours d’un superbe week-end pour se former et entretenir note patrimoine de grimpeur.
  • Le parc national des Ecrins qui a bien voulu nous autoriser à percer ce si beau granite.
  • Bruno Soleymieux qui nous a autorisé à retoucher à son œuvre d’art.
  • Le refuge du Chatelleret pour son soutien pendant le séjour et pour avoir accepté d’embarquer notre équipement à l’occasion d’un héliportage.

Ré-équipement de Panem et les Pins seaux, c’est avant tout l’histoire d’une belle rencontre

Par Corinne Tillet

Panem, Elie benbassath, Bruno Soleymieux, 2001
Rééquipement du 30 juin au 3 juillet 2023 par Corinne Tillet, Serge Ravel, Yvez Rogez et Alain Bengaouer

Tout a commencé il y a un an, au refuge de l’Alpe du Pin.

Je viens aider mon amie, Karine, gardienne du refuge. Deux grimpeurs, sirotant une petite bière, attirent mon attention. Yves et Alain ont prévu de faire les Pins Seaux le lendemain. C’est une voie Cambon, sur le Pierroux, au-dessus du refuge. Depuis quelques années, cette voie me fait très envie, mais un petit pas en 6a sur les 9 longueurs en 5C me rend frileuse. A côté, sur Panem et Circenses, une voie de Bruno Soleymieux, il y aurait mon niveau, mais l’équipement n’est plus sécure.

Qu’à cela ne tienne ! Yves et Alain me proposent de la rééquiper, si je suis de la partie.

C’est à cet instant que j’ai basculé dans l’histoire fabuleuse d’ONOS et de JM Cambon.

Pendant un an, j’ai suivi, de loin, les démarches administratives et d’autorisation pour le rééquipement des voies, mais aussi toute l’organisation de préparation. Karine nous fait profiter d’un hélitreuillage au refuge pour transporter 240 points, 1 perfo, 3 batteries et chargeur, 1 clé, 1 clé à molette, 1 disqueuse et chargeur, 2 marteaux, 4 forêts de 8 et 10. Le plan, transport du matériel à dos d’âne est abandonné. « L’hélico, c’est moins poétique mais plus simple !» nous dit Alain.

Le 30/06/2023, c’est parti pour trois jours de rééquipement.

Une nouvelle belle rencontre : Serge, en plus de conter ses aventures de grimpe avec JM Cambon, sera mon mentor de rééquipement et de cordée. Moi qui n’avais jamais percé un trou…. Il y avait du boulot !

J1 : Petite journée annoncée car le temps est capricieux. L’approche avec tout le matos sur le dos est déjà une belle mise en jambe. Mes 3 compagnons sont loin devant moi… je vois qu’il y a de l’énergie ! Nous rééquipons les 5 premières longueurs. Les goujons avec boulons à cravater sont remplacés. Nous en laissons quelques-uns pour la mémoire. Ces premières longueurs en dalles sont agréables et me permettent de prendre en main le matériel et la technique pour percer, visser, coller et expanser. Les cordées sont bien orchestrées. La première, perce et pose les points, la 2eme peaufine et enlève les anciens points avec la disqueuse. Je suis ravie.

J2 : Départ du refuge à 7h. La forme n’est pas trop là, j’abandonne mes compagnons après les deux premières longueurs. Vers 21h, je suis contente de les voir redescendre sur le chemin du refuge. Autour du bon repas prévu par Karine, ils me racontent : les 5 premières longueurs ré-équipées la veille ont été rapides. La suite était un peu plus complexe avec une recherche d’itinéraire sur un rocher plus fracturé, la vigilance était de mise avec des blocs parfois instables. Quelques rares plaquettes en inox, en excellent état, étaient en place. Ils ont ajouté des spits pour sécuriser et indiquer l’itinéraire. Au sommet, la descente s’est faite par les rappels des Pins Seaux. Ils ont rééquipé les 8 premiers rappels de la voie.

Yves nous quitte ce soir-là, il doit être à Amsterdam dans la matinée. Ils ont un agenda de ministre ces équipeurs !

J3 : Le temps est sublime, une mer de nuage rend les sommets encore plus majestueux. Le Pierroux a les couleurs de l’aube. Aujourd’hui, nous ré-équipons Les Pins Seaux, la voie de Cambon. Après toutes les histoires racontées par Serge et Alain sur JM Cambon, je suis émue et fière de participer à l’entretien d’une de ses voies. Nous ré-équipons les 2 premières longueurs. Je mélange encore le nom des outils mais d’après Alain, je maitrise de mieux en mieux le perçage. Je comprends maintenant la ténacité d’Yves, le premier soir, à trouver un disque de perceuse après que celui-ci soit HS. Casser les vieux goujons avec le marteau, c’est mission impossible pour moi ! Serge a pris ce poste, c’est effarant comme ça a l’air facile pour lui ! Nous stoppons le ré équipement sur le 2eme relais, il faudra sans doute le déplacer car mal commode à trouver à la descente. Je redescends vers le refuge de mon amie, avec une petite âme d’équipeuse.

Nous savourons une dernière mousse face à la tête des Fétoules et son glacier avant le retour à Grenoble.

Bilan de ces 3 jours :

  • Des compagnons passionnés, prêts à contacter tous les guides, et habitants de la vallée entre Grenoble et Briançon pour trouver un disque de disqueuse.
  • Le yoga et les étirements sont les armes secrètes des équipeurs
  • Un partage fabuleux : sur la grimpe dans les années 80-90, sur l’ouvrage de JM Cambon, sur le ré équipement.

Merci à tous les 3 pour cette aventure, je suis partante pour finir les Pins Seaux avec vous.

Merci à Karine d’avoir contribué à cette belle rencontre.

Surtout ne rien oublier en bas

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Rééquipement  de « Cascade Blues »

Secteur de la Draye – Vallée d’Ailefroide, voie ouverte par Jean-Michel et Sylvain Cambon en 1992

Rééquipement: Serge Andreani, Samuel Guillaume, et Stéphane Mayeur – Octobre 2022

Matériel fourni par ONOS

C’est en rééquipant intégralement en goujons inox une grande voie créée par Jean-Michel Cambon et son fils Sylvain en 1992, « Cascades Blues  », que nous avons pris toute la mesure de cette incommensurable énergie et de la passion constructrice qui animait Jean-Michel.

Cette pensée d’Hegel, « Rien  de grand dans le monde ne s’est réalisé sans passion » résume bien le Maître du rocher. Sa passion ne fait aucun doute. « Grand » est tout aussi une évidence vu le nombre de voies créées à travers l’Oisans. Ses innombrables créations participent aussi  à  la vie économique de certaines vallées reculées et mettent en valeur certain refuges.

Un grand homme qui a marqué son époque et qui apporte encore durablement malgré sa disparition.

Alors, pour nous, c‘est avec une réelle pression que nous avons rééquipé cette voie magnifique d’Ailefroide.

Car nous nous devions d’embellir l’œuvre du Maître avec nos regards modernes, en tenant compte de l’évolution des pratiques et des exigences de sécurité, et parfois avec un regard novateur en modifiant certains passages.

C’est ce qui a été fait dans Cascades Blues : démontage de tous les anciens ancrages (cassés au marteau, parfois à la disqueuse), déplacements de certains points pour permettre des mousquetonnages aisés pour les petites tailles, rajout de points pour éviter les mauvaises chutes, déplacements de relais pour les rendre plus confortables ou assurer un meilleur visuel sur le grimpeur en tête, amélioration de la ligne de rappel (chaînes + un point de confort-sécurité), pose de broches scellées dans la traversée de la cascade afin que les ancrages résistent aux avalanches et aux chutes de pierres.

Ce fut donc un week-end d’octobre bien chargé. Il a fallu garder la motivation sous la bruine bien froide du samedi (4 degrés au pied de la paroi trempée au petit matin), et se faire violence pour le lendemain, mais le soleil fut au rendez-vous.

Vue imprenable sur le Pelvoux

Avec toujours ces désespérants compagnons, en l’occurrence ces gros sacs de matériel ( batteries, ancrages, disqueuses, pistolet à colle, quelques gourmandises, eau, vêtements chauds, pharmacie d’urgence, etc…) hissés sur 250 m, avec quelques astuces de sioux pour les passages en téléphérique afin de gérer les traversées des deux cascades.

Astuce de sioux

Bref, un chantier bien énergivore demandant également beaucoup de réflexions  et d’analyse des obstacles  afin de développer des stratégies  efficaces pour économiser l’énergie mentale et musculaire.

La prochaine fois, on s’organisera pour monter deux équipes de trois équipeurs et deux perforateurs afin d’éviter ou réduire les hissages !

Avis aux motivé.e.s !

Avec une légère impression d’avoir (re)créé une voie à part entière.

Mais cette légère impression fut très vite balayée car nous n’oublions pas que nous n’avons que suivi le chemin éclairé d’un artiste et que nous n’avons que rénové ses goujons-jalons afin de magnifier son œuvre !

Le rééquipement de cette ligne magnifique  fait résonner cette pensée de Bernard de Chartres : « Nous sommes comme des nains assis sur des épaules de géants.

Si nous voyons davantage  de choses et plus loin qu’eux, ce n’est pas à cause de la perspicacité de notre vue, ni de notre grandeur, c’est parce que nous sommes élevés par eux » Il n’y a pas de doute, Jean-Michel était un géant et un génie créateur visionnaire !

On espère que les cordées se régaleront et que Jean-Michel, du haut de ses montagnes, sera satisfait, et que son fils, Sylvain, appréciera également ce renouveau lors d’un nouveau parcours !

Serge, Sam, et Stéphane

Rééquipement  de « L’appel du bistrot »

Secteur de l’Ecaille à la Tête Colombe, voie ouverte par Daniel Grimal et Stef Duga en 1988

Rééquipement: Olivier Giroud septembre 2022

Matériel fourni par ONOS

La voie « L’appel du bistrot », secteur de l’Ecaille de Tête Colombe dans les Cerces, a été ré-équipée intégralement en trois jours par Olivier Giroud, d’abord seul en deux jours jusqu’à R5, puis avec Gwenn un ami BE, pour finir les deux dernières longueurs.

Au final c’est un bel ensemble, soutenu dans le 6c obligatoire, pour du gros 7a+ enchaîné. C’est un projet pour des grimpeurs de 7, dans la continuité de la voie JMC de l’Ecaille «  Encore du devers » ré-équipée aussi par Olivier Giroud et qui est maintenant régulièrement parcourue.

L’équipement d’origine avec cornières maison et spits de 8mm a été remplacé par des goujons de 10mm en inox. Les rappels sont constitués des plaquettes à anneaux soudés et cordelette de liaison. 

Pour la dernière longueur, seule la version en 7a a été ré-équipée, elle est plus proche du niveau moyen de la voie et mène directement à la ligne de descente. Du coup la sortie en 6b+ est restée dans son jus, faisable, le premier point après le relais a été changé pour renforcer l’ensemble. 

Une petite précision d’Olivier : Les cotations sont des années 1988, et donc sèches! les équipeurs évoluant à l’époque dans le 8!.

Rééquipement de la « Fureur de Vivre »

(en mode: « la Fureur de spiter » :-p)

Participants : Sylvain Cambon, Guillaume Drouard, Valentin Ravier, Yves Rogez
Matériel fourni par ONOS
Rééquipement réalisé avec l’accord du Comité de pilotage de la Convention Alpinisme du Parc National des Ecrins.

Quand on recherche Fureur de Vivre sur internet, on tombe sur un film de 1955 avec le fameux James Dean mais c’est le nom qu’a choisi Jean-Michel Cambon (le cinéphile?) pour baptiser sa nouvelle voie au Pic Nord des Cavales, ouverte en 1988 avec Philippe Henry. La deuxième de cette belle face sud-ouest après Le Diable au Corps en 1987 à sa gauche.

En bon novice du rééquipement mais après une prise de contact chez ONOS, on me propose d’aider à rééquiper cette voie. Rendez-vous est pris avec Yves Rogez, Sylvain Cambon (tiens un nom familier !), et Valentin Ravier (un autre jeune grenoblois).

Lundi 8 août à 16h, nous sommes au parking de la Bérarde, on se partage le matos
“Qui porte le marteau de Jean-Mi?”
“Clé de 13, OK, clé de 17 ok” 
« Sylvain, tu prends ta clé à molette ? La tienne est plus légère”

Le plus lourd, perceuse, batteries, mèches, goujons et plaquettes ayant été héliportés auparavant lors du dernier ravitaillement du refuge du Châtelleret. Et donc deux heures plus tard, sans trop d’efforts, nous voici en train de faire connaissance et de siroter une bière au refuge du Chatelleret, ça parle logistique et stratégie de rééquipement.

Petit aparté :
Seulement 5 sorties rentrées depuis 2004 sur le « fameux » CampToCamp, ça donne une idée de la fréquentation de la voie.
“Le pas de 6b est bien obligatoire, très technique, avec relais improtégeable (en tout cas depuis là où nous l’avions installé), et le 1er point est donc 5m au-dessus du relais, et se caractérise par un spit rouillé de 8 qui sort d’1 cm. Pas certains du tout qu’il retienne une chute. Au-dessus, le 6b continue sans interruption avec au bout de 3m un piton symbolique qui peut aléatoirement servir d’aide en A0 (il sort de 5 cm et plie bien… mais bon dans le piton, tout est bon…)
On s’arrêtera là [R2] pour cette fois, mais ce n’est que partie remise.« 
Voie réalisée il y a une quinzaine d’années, je confirme que coinceurs et cams sont indispensables si on veut grimper serein.”

Bref que des commentaires encourageants pour faire cette voie !

Hé oui il va bien falloir que quelqu’un se colle à grimper en tête, armés de quelques coinceurs, pour assurer les seconds qui rééquipent. Et justement autour de cette fameuse bière j’ai l’honneur d’être désigné à cette tâche.

Mardi 9 août, réveil à 5h, approche en basket, le névé ayant complètement disparu à cette date en cette année de canicule… On file direct au relais de la première longueur (1 friend 0.75 et un vieux spit de 8), au pied de la longueur en 6b. Yves et Valentin arrivent rapidement pour équiper un nouveau relais, les deux premiers points de ce rééquipement. On rajoute un point de renvoi avant de se lancer dans la fameuse L2. On n’oublie pas d’ajouter une goutte de  frein filet (i.e. Loctite243) pour éviter que les écrous inox ne se desserrent.

La L2 donc, tant redoutée, se présente en un dièdre couché lisse avec une fine fissure bouchée, et une sortie par un léger surplomb. Il y a en effet, un spit de 8 “mobile”, un piton qui bouge et un autre spit plus éloigné sur les six premiers mètres qui sont bien délicats et techniques à froid. On remplacera le vieux piton (ce qui ajoute une petite prise dans la fissure bouchée d’ailleurs !) et un point supplémentaire dans le pas qui suit. Ça passera en A0 pour les suivants. La suite de la longueur est plus prisue et plus facile.
Notre organisation se met alors en place: Yves au perfo, Valentin à la pose des points et Sylvain au retrait des anciens points et à la purge des quelques cailloux branlants (sa spécialité !), et moi en tête.
“Et elle-est où la Loctite ?”
“Ah merde c’est moi qui l’ai dans la poche”
“Ah tu as la bonne clé ? La mienne est un peu foirée”
“Si je prends un marteau, vous n’en aurez pas besoin ?”
Voilà le genre de discussion que l’on aura au cours de cette journée, notre organisation se bonifiant au fil des longueurs. Et rassurez-vous tous les points auront été bien serrés et verrouillés avec du frein filet.
Une très belle L6 avec un surplomb un peu plus athlétique que le reste de la voie, et un beau dièdre en fissure qui part vers la gauche, originellement équipé uniquement sur pitons, avec un relai un peu inconfortable mais qui permet de voir son second et de prendre une belle photo.
L7 facile mais assez engagée, on rajoute un point. “Yves, on a plus de points ! C’est dommage, et il nous reste plein de batterie !” “Tant pis on perce et on viendra les poser demain” On pensait que le temps ou l’autonomie des batteries nous ferait défaut, mais au final on a bien avancé et on aurait pu finir la voie aujourd’hui.
Puis dans L8 : “Tu vois les points toi ? Moi non… Bon ça doit traverser là mais quand même j’ai l’impression qu’il n’y a aucun point !”. Mais si ! Les 3 points, bien éloignés, étaient bien là, légèrement cachés dans les creux de cette belle traversée dalleuse. De même quelques points rajoutés dans cette longueur bien expo, mais qui restera “ambiance”.

Arrivé à R9 on descend rapidement en rappel via Action Directe. Le temps de mettre à l’abri le matos et de filer au refuge, on arrive pile à 19h30 pour la soupe et juste avant la pluie (enfin pas pour les deux sages qui auront un peu plus traînés à la descente). Une belle et grosse première journée, j’aurais même eu le droit à mes deux figolus comme le veut la tradition Cambon (un festin, en somme !).

Mercredi 10 août, réveil 4h30, on veut avoir le temps de tout finir. Au programme :
– rééquipement de la première longueur de la Fureur de Vivre
– équipement d’une nouvelle L1 pour la Fureur de Vivre, tout à droite de la paroi, pour un accès direct à L2 et permettant d’éviter le névé en début de saison. Longueur repérée la veille par Sylvain.
– ajout des derniers points dans les dernières longueurs de la Fureur de Vivre, percés la veille
– remplacement des derniers points de 8 restants dans le Diable au Corps
– en bonus : rééquipement de la L3 originel du Diable au Corps en 6b et A0 sous les toits.

Les deux premiers items sont rapidement réalisés, Sylvain et Valentin partent dans la fureur, avec quelques points pour frapper les goujons manquants dans les dernières longueurs. Yves et moi partons dans le Diable au Corps en réversible. C’est là qu’on se rend compte que ce n’est pas facile de grimper avec tout ce barda, même en second, heureusement que c’est principalement de la dalle !

On se retrouve au sommet vers 13h30 pour entamer les rappels d’Action Directe et leur rééquipement tous ensemble.

“Mais au fait, elle est où cette clé à molette ?”
A force d’abnégation Sylvain arrive à retirer les maillons pour les mettre sur les nouvelles plaquettes. Bref on finit relativement tôt, je me dis qu’on sera tranquilou en fin d’aprem à la Bérarde pour une bière en terrasse au soleil. Que nenni ! Le dernier item de notre liste sera assez fastidieux. Tester la L3 de Diable au Corps en artif ou semi-libre puis la rééquiper par le haut, sera plus long qu’imaginé. Peut-être bien 2 bonnes heures pour cette seule longueur ! Pour la première en tête c’est Sylvain qui s’y colle, (faut dire qu’il s’y connait en artif), j’essaie en second en libre mais ça me parait vachement dur, un bon pas de 6c je dirais pour la première traversée et après l’artif, un bon pas en dalle en pur adhérence du même acabit (à moins que ce ne soit la fatigue accumulée des deux jours on ne sait pas trop, car pour Sylvain le chamois des dalles, le second pas n’est pas plus que 6b, bref avis aux répétiteurs !). Yves se transforme ensuite en cordiste professionnel pour changer du haut les points sous le surplomb, je le rejoins et c’est en effet assez sport. On ajoutera 1 point dans la traversée pour donner envie de tenter le libre, 1 point pour faciliter l’artif du toit, et 1 point dans la dalle de sortie pour réduire un peu l’exposition.

Et dire que tout cela avait été ouvert au tamponnoir, soit environ 5 minutes pour percer chaque point, en équilibre sur ses mollets ou sur un simple crochet goutte d’eau, cela force le respect !

Enfin, pour finir, quelques points à changer dans la L1 commune aux trois voies. Au pied de la voie vers 18h30, le bassin meurtri par le baudrier et les mains abîmées, éraflées en retirant les vieux points (y parait qu’il y a une technique spéciale). Puis 21h à la voiture, avec un retour sous la pluie. Adieu l’idée de prendre une bière au soleil et puis elle pourrait être fatale sur les routes sinueuses du Vénéon, et l’envie de retrouver au plus vite son lit après cette journée de 16 heures se fait finalement plus pressante. (NB: pour la prochaine fois, prévoir une excuse pour ne pas rééquiper une longueur supplémentaire d’artif).

Finalement le rééquipement c’est pas sorcier, il faut surtout être motivé, et j’espère que ce récit vous donnera envie d’y participer. Bref n’hésitez pas à mettre la main à la pâte, faites votre adhésion chez ONOS et prenez contact, il y a plein de projets de rééquipement. Et puis on attend vos retours sur La Fureur.
PS : la clé à molette était dans le coffre de Sylvain !

Voilà il y a de quoi rentabiliser un bon séjour du côté du Châtelleret avec ces trois magnifiques voies au Pic Nord des Cavales fraîchement rééquipées.

Sylvain Cambon, Valentin Ravier et Yves Rogez pour le rééquipement, avec Guillaume Drouard pour le récit.

Rééquipement partiel de : « Purée d’Astragale »

Participants : Alain Bengaouer, Serge Ravel ; Yves Rogez

Matériel fourni par ONOS

Rééquipement réalisé avec l’accord du Comité de pilotage de la Convention Alpinisme du Parc National des Ecrins.

En cette fin août, une équipe dotée de capacités certes limitées mais armée d’une volonté en acier (mais pas en Inox quand même), constituée de deux vieux grimpeurs (dont un largement atteint par la limite d’âge) et d’un « presque jeune » encore plein d’avenir, monte au refuge du Sélé en vue de rééquiper la voie difficile «Purée d’astragale».  Les 100 points prévus pour l’opération sont déjà au refuge puisque montés l’an dernier lors du rééquipement de «Attaque à main armée » ce qui rend les sacs plus supportables.

Le 28 Août, nous cherchons le départ de la voie entre « Jour de colère » (rééquipée en 2019) et « Unchi Maka » (pas de point dans la première longueur…). Après un moment, Yves avise un spit de 8 mm à environ 8 m du sol. Notre niveau ne permettant pas d’atteindre ce point sans chute potentiellement dramatique, Serge part en direction du point avec la perceuse et place deux points et un Friend avant d’atteindre le spit puis de poursuivre la longueur initialement cotée 5c. Par la suite un point sera encore ajouté au niveau d’un vieux piton et les vieux spits seront remplacés par des goujons inox de 10 mm avec une goutte de Frein Filet délicatement déposée sur le filetage pour éviter le dévissage potentiel de la plaquette. Nous coterons cette première longueur de presque 50 m, 6a+. La suite de la voie est plus simple car L2, L3 et L4 ne dépassent pas le 6a et l’équipement vieillissant est bien placé. Nous remplaçons tous les vieux points et ajoutons un point de renvoi au-dessus du relais si nécessaire. L5 est la longueur la plus dure de la voie (cotée 7a+ avec un point d’aide par Fred Roulx en 2008). L’équipement est abondant mais hétéroclite et pas optimal pour du libre. Après l’ascension de cette longueur en artifant pas mal, les points sont changés et leur placement légèrement modifié. Un point est ajouté à la sortie dans le dièdre déversant où un pas proche de 6c nous semblait obligatoire.  Cette longueur se parcourt maintenant bien en libre si on a le niveau ou en 6b/A0. Le soir tombant et la fraicheur nous envahissant nous rentrons au refuge ou Elsa (l’aide gardienne) nous attend avec force bières et victuailles roboratives, le tout accompagné de son sourire et de ses histoires de randonnées à cheval.

Le lendemain, après la réchauffante approche désormais uniquement caillouteuse, nous remontons les 5 premières longueurs, puis attaquons la suite munis de la perceuse, deux batteries, et 30 points. L6 présentant un 6b un peu violent au départ, un point est ajouté, la suite est plus facile mais nécessite l’emploi des coinceurs. Les vieux points sont changés ainsi que les relais. L7 est plus corsée mais splendide et avec une grande ambiance au-dessus des toits. 3 points sont posés en plus : un au départ (renvoi), un dans la dalle à petites prise à la sortie de la fissure et un autre à la fin de la traversée (un pas dur en dalle). Les vieux points sont changés. La cotation proposée est 6b+. L8 démarre par une petite dalle et une fissure qui se protège bien. Un point est ajouté à la fin de la fissure, et autre vers la sortie pour indiquer l’itinéraire. Nous sommes alors au pied du dernier ressaut et ses fissures terribles mais il est tard et nous redescendons avec le sentiment du devoir presque accompli. Retour au refuge vers 21h bien fatigués. Accueil très chaleureux de Sophie la gardienne et Elsa dans ce refuge désert en cette fin de saison.

Au total, nous avons posés 41 points inox (avec Frein Filet) le premier jour et 27 le deuxième (points dans les longueurs et relais), soit 68 points. Il reste donc au refuge 32 points. Les vieux spits et pitons ont été redescendus.

Cette première partie de la voie est très belle, variée, soutenue et exigeante à partir de L5. Les coinceurs sont nécessaires (Camalots C4 de 0.5 à 3 et 4 certainement pour le haut de la voie). Le rééquipement des 5 dernières longueurs reste à faire et les bonnes volontés sont bienvenues (grimpeurs aguerris appréciant la marche et prêts à engager un peu…).